Souveraineté sanitaire : Comment développer une industrie pharmaceutique nationale forte ?

Souveraineté sanitaire : Comment développer une industrie
?pharmaceutique nationale forte
Casablanca : Dr.Khadija ARABANY 
L’industrie pharmaceutique marocaine était au cœur d’un débat très animé, Vendredi 27 Mai 2022 ,lors de la deuxième d’une série de 5 Matinales de l’actuel Cycle de conférences du Groupe «Le Matin» traitant de la souveraineté. Cette matinale, organisée sur le thème «Souveraineté sanitaire : Comment développer une industrie pharmaceutique nationale forte», a permis de mettre la lumière sur les difficultés auxquelles font face les laboratoires marocains
Dans son discours d’ouverture de la Matinale, le président du Groupe «Le Matin» a rappelé qu’«il n’y a pas eu de solidarité sanitaire lors de la pandémie. Et les pays les plus riches, ou ceux qui avaient des réserves affichaient des taux de vaccination élevés par rapport aux autres». Cette situation a fait de la Souveraineté pharmaceutique une priorité dans  .beaucoup de pays. Qu’en est-il au Maroc? 
De l’avis de l’ensemble des intervenants, le Maroc subit, depuis 2 ans, une situation difficile à cause de la pandémie de la Covid-19 et de la crise Ukraine-Russie. «L’industrie pharmaceutique marocaine a subi deux lourdes années et continue avec la crise Ukraine-Russie. En plus de la hausse des prix, des pénuries sont carrément observées sur certains produits et matières premières», partage Lamia Tazi, PDG de Sothema et vice-présidente de la Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques (FMIIP).
En plus de ces difficultés, l’industrie pharmaceutique marocaine n’a pas une protection suffisante», souligne Hakima Himmich, membre de la Commission spéciale sur le nouveau modèle de développement (NMD).
En effet, malgré la hausse des prix des intrants, les laboratoires marocains vendent à des prix réglementés et sont même «déficitaires sur certains produits à cause de cette flambée des prix des intrants», indique Mia Lahlou Filali, PDG de Pharma 5 et vice-présidente de la FMIIP. Pourtant, nos laboratoires ont du mal à faire face aux produits importés alors que «les médicaments qui sont très chers au Maroc sont ceux importés», révèle Lahlou Filali. Pourquoi ?
«La souveraineté, au bout du compte, c’est sauver des vies. Et développer une industrie pharmaceutique solide est une condition sine qua non pour y arriver», déclare Abdelhakim Yahyane, directeur de la Population au sein du ministère de la Santé. Sauf que, pour l’instant, la situation penche en faveur des médicaments importés.
D’abord, «les médecins ne prescrivent pas assez de génériques fabriqués par les laboratoires marocains», affirme Lahlou Filali. Il faut dire que la problématique de l’éthique du secteur et la relation laboratoire-officine-médecins est souvent pointée du doigt. À ce propos, Lahlou Filali souligne que la Direction du médicament et de la pharmacie (DMP) «commence à épingler les écarts». Les ventes en pharmacie, elles, devraient, selon les professionnels, s’orienter plus vers les génériques même quand le médecin prescrit un princeps. «Les remboursements des frais de médicaments ne doivent être calculés que sur la base du prix des génériques. De plus, le pharmacien doit avoir l’obligation de substituer les principes par des génériques, une démarche plus compliquée sûrement», reconnaît Hakima Himmich.
Les industriels du secteur veulent que le produit made in Morocco ait plus de valeur. «L’Égypte a traité tous ses malades d’hépatite C par son propre générique. Et nous, au Maroc, nous ouvrons la porte à un produit importé. C’est honteux !», s’étonne Himmich. Selon les professionnels, il faut commencer par remédier à l’absence de réciprocité : «Pour exporter des médicaments produits au Maroc, les sites de production sont inspectés plusieurs fois avant l’obtention de l’autorisation. En revanche, le Maroc n’impose aucune condition similaire pour importer des médicaments étrangers», révèle Lahlou Filali. Et d’ajouter : «le Maroc accepte les médicaments égyptiens, je défie n’importe quel laboratoire marocain de réussir à y enregistrer un médicament marocain». Par ailleurs, les professionnels appellent à renforcer la préférence nationale pour les marchés publics et proposent un «Fast-track qui permet l’enregistrement rapide des médicaments génériques marocains dès qu’un princeps tombe dans le domaine public», note Tazi. Car jusqu’à présent, partage Tazi, «le traitement des dossiers de demandes d’autorisations de mise sur le marché (AMM) pour des produits made in Morocco prend plus de temps que pour celui des génériques indiens ou égyptiens».
Offrir des soins de qualité au Maroc peut passer aussi par des partenariats public-privé. «Car l’État ne peut pas tout faire seul, le privé est incontournable», affirme Abdelhakim Yahyane. L’exemple le plus éloquent à ce propos est celui de la dialyse (achat par le public de dialyse dans le privé). Mais l’hôpital devra continuer ses missions de soins, notamment dans les zones reculées. «Il faut préserver l’hôpital public, car le privé ne peut pas assurer toutes les missions, notamment celle de former des médecins», souligne Himmich. Seul bémol, l’hôpital marocain n’attire plus les médecins. «Pour les concours de médecine, sur 500 postes ouverts, il n’y a que 80 qui se présentent. Mais ils refusent d’être affectés dans le rural. Ils préfèrent des villes comme Rabat et Casablanca», reconnaît le représentant du ministère de tutelle. Et même quand on a démarré la formation, l’envie de quitter le Maroc reste très forte : «7 étudiants en médecine sur 10 souhaitent quitter le Maroc», se désole Himmich. Pour compenser cette fuite des compétences, recruter des médecins étrangers peut être une solution bénéfique. Seulement, le Maroc n’est pas attractif non plus pour cette catégorie. «Seuls 47 dossiers de médecins étrangers ont été déposés pour exercer au Maroc. C’est faible, il faut mieux communiquer», reconnaît Yahyane. Pour Himmich, dont le parcours professionnel est exclusivement dans le public, il faut rendre l’hôpital plus attractif et instaurer certaines règles et incitations. «Il n’y a pas de facturation ni d’informatisation dans les hôpitaux publics. C’est anormal !», déplore-t-elle. Une fois ce dysfonctionnement réglé, il serait évident, selon cette professionnelle, d’instaurer un système d’incitations récompensant les médecins assidus et productifs dans les hôpitaux.

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